Vous développez un réseau de boulangeries et trois adresses sont sur la table pour la prochaine ouverture : une place du centre historique de Rennes, un cours au cœur d'un quartier d'habitat collectif, une rue commerçante de la périphérie. Le comité est la semaine prochaine. Un cercle tracé à la main sur une carte ne suffit plus : il faut dire combien de gens habitent à dix minutes à pied de chaque porte, ce qu'ils gagnent, combien de boulangeries les servent déjà, et ce que ça représente en pain.

Cet article fait ce calcul sur trois emplacements réels, avec les chiffres tels que l'API TrustyData les rend, millésimes et sources compris. Si la notion de zone de chalandise est nouvelle pour vous, l'article de définition la pose ; ici on l'applique. Le réseau est fictif, les adresses et les chiffres ne le sont pas.

Trois adresses, une portée : dix minutes à pied

Le pain s'achète en passant. En ville, la zone de chalandise d'une boulangerie se mesure à pied, et dix minutes est une portée raisonnable pour la zone primaire. Les trois emplacements sont donc lus de la même façon, un contour de 10 minutes à pied autour de la porte, tracé sur le réseau de rues réel, pas un rayon.

20 place Sainte-Anne, Rennes 51 cours Kennedy, Villejean 82 rue de Rennes, Cesson-Sévigné
Ce que c'est Centre historique, rues piétonnes, bars et commerces Quartier d'habitat collectif, campus universitaire Rue commerçante d'une commune de périphérie, pavillons
Surface couverte en 10 min à pied 1,4 km² 1,1 km² 0,7 km²
Habitants 13 491 8 122 1 564
Ménages 7 922 3 780 767
Niveau de vie moyen 28 849 € par personne et par an 16 916 € 31 186 €
Ménages sous le seuil de pauvreté 18 % 39 % 14 %
18-39 ans 42,9 % 34,8 % 32,6 %
65 ans et plus 16,8 % 15,3 % 23,1 %
Personnes seules 58,9 % des ménages 50,4 % 43,9 %
Logements sociaux 10 % 54 % 15 %
Boulangeries-pâtisseries déjà installées 37 5 0
Densité, pour 10 000 habitants 27,4 (Ille-et-Vilaine : 7,6) 6,2 —
Potentiel de dépense « pain et céréales » 5,7 M€ par an 1,8 M€ 0,67 M€

Source : INSEE, Filosofi 2021 (carreaux 200 m) et recensement 2022 (IRIS) ; IGN, Contours IRIS 2026 ; SIRENE (INSEE), établissements actifs géolocalisés ; contours calculés sur OpenStreetMap (© les contributeurs OpenStreetMap, ODbL). Calcul du 6 octobre 2026.

Trois zones, trois histoires.

Place Sainte-Anne est l'emplacement qui fait envie sur la carte et qui fait réfléchir dans le tableau. Treize mille cinq cents habitants à dix minutes, jeunes (43 % ont entre 18 et 39 ans), seuls (59 % des ménages), avec un niveau de vie dans la moyenne haute. Mais 37 boulangeries-pâtisseries les servent déjà : 27 pour 10 000 habitants, trois fois et demie la densité du département. Le potentiel de dépense en pain et produits céréaliers est le plus gros des trois, 5,7 millions d'euros par an, mais rapporté aux boutiques en place il tombe à 154 000 € par boulangerie existante. On n'y ouvre pas pour servir des gens que personne ne sert ; on y ouvre pour en prendre à d'autres, et il faut un concept qui le justifie.

Villejean est l'inverse. Huit mille habitants, un niveau de vie moyen bas (16 916 €), 39 % des ménages sous le seuil de pauvreté, plus d'un logement sur deux en habitat social. Cinq boulangeries seulement, une densité en dessous de celle du département (6,2 pour 10 000 contre 7,6). Le potentiel est trois fois plus petit qu'au centre, 1,8 million d'euros, mais partagé entre cinq boutiques et non trente-sept : 361 000 € par boulangerie existante. La part des « autres inactifs » dans la zone, 43 % des 15 ans et plus, est très probablement celle des étudiants, le campus de Villejean étant dans le contour ; une clientèle qui achète un sandwich le midi, et qui disparaît l'été.

Cesson-Sévigné à pied paraît vide : 1 564 habitants, aucune boulangerie, un seul commerce alimentaire. Ce serait une erreur de lecture, et c'est pour ça qu'il faut une seconde portée.

Cesson-Sévigné, à pied ou en voiture : deux zones qui ne disent pas la même chose

Rue de Rennes, personne ne vient à pied de plus de quelques centaines de mètres : c'est une rue de périphérie, bordée de pavillons, où le client gare sa voiture devant. La même adresse, lue à 5 minutes en voiture, change de nature.

82 rue de Rennes, Cesson-Sévigné 10 min à pied 5 min en voiture
Surface couverte 0,7 km² 5,9 km²
Habitants 1 564 10 798
Ménages 767 5 463
Niveau de vie moyen 31 186 € 28 504 €
Propriétaires 60 % des ménages 47 %
Boulangeries-pâtisseries déjà installées 0 7 (6,5 pour 10 000)
Potentiel « pain et céréales » 0,67 M€ par an 4,25 M€

À cinq minutes en voiture, la zone compte presque autant d'habitants que le centre de Rennes à pied, avec un niveau de vie comparable, et sept boulangeries au lieu de trente-sept. Le potentiel par boulangerie existante monte à 607 000 €. Mais la zone est huit fois plus étendue : ces sept boutiques ne sont pas en face, et sept concurrents à cinq minutes de voiture n'ont pas le même poids que trente-sept à dix minutes à pied. La question devient celle du local : visible depuis la route, avec du stationnement, parce que c'est la voiture qui amène le client.

La règle qu'on en tire vaut pour tout le réseau : une portée par type d'emplacement. Dix minutes à pied en centre-ville, cinq minutes en voiture en périphérie. Comparer un centre et une périphérie avec la même portée revient à comparer une boutique et un parking.

Ce que les trois zones ne se prennent pas

Quand on compare plusieurs emplacements, la première chose à vérifier est ce qu'ils se prendraient l'un à l'autre. Ici, rien : les trois contours ne se recouvrent pas, chaque zone est seule à couvrir 100 % de ses habitants. Ce ne sont pas trois candidats pour un même marché, ce sont trois marchés. Sur un réseau déjà dense, c'est l'inverse qui arrive, et la population exclusive de chaque zone, celle qu'aucun autre site du réseau ne couvre, devient le chiffre à regarder avant d'ouvrir. L'article Comprendre et exploiter la zone de chalandise revient sur cette lecture.

Ce que le tableau ne dit pas

Ces chiffres sont bons pour comparer, et il faut savoir ce qu'ils ne mesurent pas.

  • La population résidente, pas le passage. L'INSEE compte ceux qui habitent la zone. Place Sainte-Anne, les étudiants de passage, les salariés du centre et les touristes n'y sont pas. Les données de flux piétons existent chez d'autres acteurs, avec d'autres méthodes et d'autres limites ; ce n'est pas ce que mesure cet article.
  • Un potentiel théorique, pas une prévision. Le potentiel de dépense applique au revenu disponible estimé des ménages la part que les Français consacrent aux céréales et produits à base de céréales dans les comptes nationaux de l'INSEE : 2,27 % de la consommation, soit un coefficient de 0,019 une fois l'épargne retirée. Ce poste est plus large que le pain, il comprend les pâtes, le riz et les biscuits : le chiffre est un plafond, pas une cible. Et le « potentiel par boulangerie existante » suppose un partage à parts égales, ce qui n'arrive jamais ; c'est une lecture, pas une mesure.
  • Des établissements, pas des boutiques ouvertes à 7 h. Les 37 boulangeries-pâtisseries de Sainte-Anne sont des établissements actifs au sens de SIRENE : il y a dedans des pâtissiers, des terminaux de cuisson, peut-être un siège. Environ 84 % des établissements actifs sont géolocalisés, le compte est un plancher. Il reste à aller voir sur place qui est vraiment ouvert, et à quelle heure.
  • Des sommes pondérées sur des carreaux de 200 mètres. Un carreau à cheval sur le contour compte au prorata de sa surface dedans. Sur les petites zones, quelques carreaux pèsent lourd ; à Cesson à pied, 6 des 23 carreaux ont une valeur imputée par l'INSEE au titre du secret statistique, c'est la norme du fichier hors des villes denses.
  • Le loyer, le local, la visibilité, la concurrence qui va ouvrir : rien de tout ça n'est dans les données publiques.

Refaire ce calcul en deux minutes

Tout ce qui précède se refait sans compte, sur vos propres adresses, dans la démo : vous saisissez trois adresses, vous choisissez la durée et le mode, et l'onglet Comparer rend les mêmes chiffres, avec le coefficient de votre métier.

Comparer vos trois emplacements dans la démo : le lien ouvre la comparaison de cet article, telle quelle, à modifier ensuite avec vos adresses.

Pour tout un réseau, l'espace client fait la même chose sur votre référentiel de points de vente, depuis la formule Growth ; la page zone de chalandise décrit ce qu'il rend. Et si vous travaillez avec un assistant, Claude, ChatGPT ou tout client MCP, le serveur MCP TrustyData répond à la question posée en français. Celle-ci a été posée telle quelle pour écrire cet article :

Question posée à l'assistant : « Compare trois emplacements pour une boulangerie à Rennes, 10 minutes à pied chacun : 20 place Sainte-Anne, 51 cours Kennedy et 82 rue de Rennes à Cesson-Sévigné. Classe-les sur la population que chacun est seul à couvrir, avec le coefficient pain et céréales. »

Ce que le serveur a rendu : les trois zones avec leur population (13 491, 8 122 et 1 564 habitants), leurs ménages, leur niveau de vie moyen, leur profil par âge et par catégorie socioprofessionnelle, le nombre de boulangeries-pâtisseries dans chacune (37, 5 et 0), le potentiel de dépense au coefficient 0,019, et le constat qu'aucune paire de zones ne se recouvre. Le classement sur la population exclusive est, dans l'ordre, Sainte-Anne, Villejean, Cesson-Sévigné.

Le choix, lui, reste le vôtre : le centre pour un concept qui prend sa part dans un marché saturé, Villejean pour servir un quartier sous-équipé à petit panier, Cesson pour une boutique qu'on atteint en voiture. Le tableau ne tranche pas. Il fait qu'on ne se trompe plus de question.